Lorsque l’Homme a quitté la quadrupédie pour la station debout, il s’est mis à marcher et à courir pour explorer l’espace à la recherche de nourriture, ou tout simplement pour fuir.
L’Homme moderne n’a semble-t-il plus besoin de courir pour sa survie, pourtant il court toujours et de plus en plus.
Historiquement destinée à développer les qualités physiques des guerriers, la course à pied devient partie intégrante de l’éducation prônée et chantée par Homère. Dans l’Odyssée, n’est-il pas dit que l’homme doit : «exercer ses pieds et ses mains» ? C’est donc la civilisation grecque qui va donner sa réelle dimension à cette « religion athlétisme ». Les premiers espaces spécialisés de compétition apparaissent, comme à Olympie, où, selon la légende, la piste droite mesurant 192,27 m de long aurait été étalonnée par la juxtaposition de 600 pieds d'Héraclès, ce qui donna naissance au stade.
Il faudra attendre la fin du XIXéme siécle, (1894), Pierre de Coubertin et un certain Michel Bréal, pour imaginer revivre l’exploit du soldat Philippides venant annoncer aux athéniens la victoire de Miltiade sur les Perses dans la plaine de Marathon. Ce sacrifice servira de support à la plus emblématique des épreuves des Jeux Olympiques de l’ère moderne. La victoire du petit berger Spiridon Louys, vêtu de sa traditionnelle fustanelle, lors des jeux d’Athènes en 1896, conforte la pratique de la course sur route organisée à cette époque dans les universités anglaises d’Oxford et de Cambridge. De part et d’autre de la Manche on se met à la course à pied, qui reste une affaire de spécialistes et de quelques professionnels. La plus célèbre course de cette époque est Versailles-Paris (1920). Cette pratique, peu populaire au niveau de la participation, va disparaître avec la seconde guerre mondiale.
Elle réapparait dans les années 60 en nouvelle Zélande sous le vocable de « Jogging ». Arthur Lydiard, ancien champion de marathon, et entraineur de l’équipe nationale de demi-fond, préconise ce genre de pratique physique pour les dirigeants d’entreprise obèses et cardiaques (allant à l’encontre des préconisations médicales qui conseillent plutôt le repos).
Le jogging, pratiqué comme style de vie se popularise aux Etats-Unis grâce à l’ouvrage de W.J. Bowerman et W.E. Harris « Entraîne-toi mais ne force pas ». Endurance et santé deviennent ainsi indissociables, et le « fitness » intègre la morale du jogger. Le phénomène s’amplifie, se démocratise et s’internationalise dès les années 70.
En France, c’est la création de Marvejole-Mendes (1969), des 100 km de Milhau (1972), du marathon de Paris (1976), de Marseille Cassis (1979) … courses devenues de grandes classiques aujourd’hui.
Analysé par les sociologues, le jogging est qualifié de : « phénomène social de masse » (P Yonnet), en rupture avec l’idéologie institutionnelle de l’athlétisme, et d’ « analyseur culturel, pratique originale dont la spécificité est de réunir, l’espace d’un moment, le champion et l’anonyme ».
En effet, la clé de la réussite et de cet engouement pour les courses sur route, réside sans doute dans le fait que, comme le souligne Y Le Pogam, elles nourrissent « le mythe de l’union du héros banal et du héros d’excellence, condensant en un lieu la mesure et la démesure, le profane et le sacré et elles sont capables de renverser symboliquement les valeurs vécues à l’échelle individuelle :
L’excellence peut devenir triviale et la médiocrité revêtir des caractéristiques d’exception ».